Elie Kamano: « Ma politique, n’est pas celle des leaders qui descendent dans la rue pour réclamer un fauteuil »

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Quatre années après la sortie de son dernier album intitulé ‘’Paroles de fou’’, le maréchal Elie Kamano s’apprête à mettre sur le marché du disque un album ‘’cru’’ pour dépeindre les quatre années de gestion de l’administration Condé. D’ailleurs, avant cette échéance, il a déjà de petits ‘’bobos’’ avec la police judiciaire. Dans cette interview qu’il à accordée à Guinéenews, l’artiste Elie Kamano dit tout. Le feuilleton avec la police judiciaire, son prochain album, sa carrière, le mouvement ‘’Sauvons la Guinée’’….

Guinéenews : Elie Kamano, depuis quelques temps, vous avez des démêlés avec la police judiciaire. Qu’est-ce qu’il en est concrètement ?

Elie Kamano : Tous ceux qui liront dans mes pensées, entre les lignes comprendront le message que je vais véhiculer ici. Tout d’abord, vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui, mon engagement fait de moi un artiste de premier plan. Dernièrement, j’ai été victime d’une tentative d’enlèvement, de kidnapping. J’étais dans les locaux de l’UNICEF quand on m’a dit qu’il ya des agents de la police qui étaient là pour m’arrêter. J’ai tout de suite appelé les médias, j’ai dit à mes amis qu’il n’était pas question que je sorte à l’insu du peuple et des médias. Il est important de signaler que ce genre de tentatives vise à bâillonner des gens qui ont cette vocation de dire tout haut ce que le peuple pense tout bas. Donc, on a informé les médias, le ministre des droits de l’Homme. De 10 heures à 18 heures, on était dans les locaux de l’UNICEF. On était là dans le cadre d’un projet de sensibilisation des populations forestières suite à la violence qui s’est installée ces derniers temps dans cette région. Elie Kamano estime qu’étant un fils de la forêt, il serait aussi opportun d’aller vers ses parents pour essayer de les sensibiliser, leur parler dans leur langue pour qu’ils comprennent et appliquent les règles d’hygiène recommandées par les médecins. C’est dans ce sens qu’on était à l’UNICEF, contrairement à ce que d’autres disent.

Je ne suis pas allé me réfugié à l’UNICEF, j’étais à l’UNICEF quand les agents sont arrivés. Quand le ministre est arrivé dans les environs de 18 heures, il est venu me chercher. Il m’a dit : ’’non ! Tu ne peux pas rester ici’’. On est sorti, par après, il a demandé aux agents de nous suivre à la DPJ (ndlr, direction de la police judiciaire) parce que, les agents lui avaient fait savoir que c’est la direction de la police judiciaire qui les avait envoyés. Arrivés là bas, le directeur adjoint nous a reçus. Il a dit qu’il n’était pas au courant. Par la suite, le chef de mission lui a fait savoir que c’est la DST (ndlr, direction de la surveillance du territoire) qui a demandé du renfort pour aller m’arrêter. Après tout, le ministre a demandé que les choses se fassent dans les règles de l’art. En tant que citoyen, a proposé le ministre, qu’on m’envoie une convocation à laquelle j’allais répondre. Donc, c’est ce qui s’est passé jusqu’à l’audition le jeudi passé.

Guinéenews : Vous avez été entendu à deux reprises. Que vous reproche t-on ?

Elie Kamano : A la police, on m’a fait lire un document, ce document-là a tout résumé. Il y a des choses qui étaient écrites là-dessus, ils m’ont demandé si ça venait de moi. Puisque, je me suis fait entourer par des avocats, on m’a conseillé de ne pas beaucoup rentrer dans les détails et de ne pas polémiquer là-dessus. La police a rétorqué que j’étais libre de répondre ou pas aux questions. On a fait cinq heures là bas et le lendemain, ça devait continuer. Pour le moment, la procédure suit son cours, mais ils sont en train de voir avec nous les voies et moyens pour essayer de mettre un terme à ça.

Guinéenews : Alors que certaines personnes parlent d’une affaire politique, d’autres parlent d’une affaire sociale. Vous a fait-on savoir qu’il y a un plaignant ? Vous a-t-on tendu une convocation ?

Elie Kamano : En pareille circonstance, c’est le procureur de la République qui doit faire la plainte contre le citoyen parce que, on parle d’atteinte à la sureté de l’Etat, on parle d’argent, on parle aussi de diffamation. Ça, c’est le porte-parole de la police qui l’avait dit la dernière fois sur les antennes de la radio Nostalgie. Après que le procureur  a parlé avec le directeur adjoint de la DPJ, il lui a ordonné de faire la plainte. Quand on dit que c’est un cas social, que ce n’est pas politique… Je ne crois pas que ce soit un cas social sinon, si c’était le cas, on aurait vu une personne qui aurait dit :’’je porte plainte contre Elie Kamano’’. Tel n’était pas le cas. Donc, c’est la police judiciaire qui a porté plainte.

Guinéenews : Ces derniers temps, vous passez sur les radios, les télés pour affirmer que le président de la République n’est pas guinéen, qu’il est plutôt Koné du Burkina Faso et non Condé… A l’opposé, il se dit qu’Elie Kamano veut masquer cette affaire parce qu’en réalité, il est trempé dans une affaire de visas. Puisqu’il a une notoriété, il veut profiter de son statut pour brouiller les pistes alors qu’il est vraiment trempé jusqu’au cou dans un trafic de visa.

Elie Kamano : Ce sont des allégations. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin de brouiller les pistes avec les autorités en place parce que, je n’en ai pas les moyens. Si je suis allé à la DPJ et que toute la presse, les politiques, les fans se sont déplacés pour me porter un coup de main, ce n’est pas pour une affaire sale. Si c’était pour une affaire sale qui concernait Elie Kamano, tout ce monde-là n’allait pas faire le déplacement pour me soutenir. Le combat que je mène, à la sortie de la DPJ, je l’avais dit. C’est au nom de la démocratie, des droits de l’Homme et de la liberté d’expression. Donc, je ne vois pas le pouvoir que j’ai pour essayer de brouiller les pistes avec les autorités de Conakry. Ce n’est pas du tout le cas, sinon on me l’aurait dit là bas. J’ai été convoqué pour ce que le porte-parole de la police avait dit à la radio. Ça, on me l’a signifié ouvertement et clairement. Qu’on dise que c’est pour une affaire de visa… Si c’était le cas, on aurait vu des personnes venir se plaindre. Dans ce cas, la DPJ n’aurait pas eu besoin d’envoyer une équipe à l’UNICEF pour m’enlever. Ce n’est pas pour une affaire comme ça qu’on enverra des agents dans un véhicule non immatriculé pour enlever une personne. Après tout, je suis un citoyen.  Si je commets un délit social, qu’on me convoque comme un citoyen pour me faire savoir les charges qui pèsent sur moi. Aujourd’hui, les gens, qui en veulent à ma personne, à mon image, ces gens qui ont pour objectif de ternir cette image, se sont regroupés et sont en train de passer de bouche à oreille ou de taper de porte à porte pour salir Elie Kamano, ça n’engage qu’eux. Le peuple de Guinée sait le combat que je mène depuis le temps de Lansana Conté. Ça n’a rien à avoir avec un trafic de visa… Ce sont des histoires.

Guinéenews : Puisque, l’affaire suit son cours du côté de la police judiciaire pour ne pas brouiller les pistes, revenons à votre carrière. Depuis un petit moment, des observateurs pensent que vous êtes en chute libre. Raison pour laquelle vous vous engagez sur le terrain politique avec la mise sur pied du mouvement ‘’Je n’en veux plus’’, à l’image du mouvement ‘’Y’en a marre’’ au Sénégal. On trouve qu’Elie Kamano ne draine plus trop les masses. Takana Zion le cloue au pilori, estime t-on. Pourquoi la mie sur pied de ce mouvement ?

Elie Kamano : D’abord le mouvement ne s’appelle plus ‘’Je n’en veux plus’’. Il s’appelle maintenant ‘’Sauvons la Guinée’’. Ces derniers temps, j’entends sur les ondes des gens qui s’autoproclament propriétaire de ce mouvement. Moi, je ne veux pas aller en discussion avec qui que ce soit sur la dénomination d’un mouvement. Pour moi, le mouvement, ce sont les hommes et les actions menées par les hommes qui font un mouvement. Ce n’est pas la dénomination qui fait un mouvement. C’est moi qui ai baptisé ce mouvement, c’est également moi qui ai donné l’envergure à ce mouvement. Aujourd’hui, j’ai décidé que le mouvement ne s’appelle plus ‘’Je n’en veux plus’’, c’est une petite parenthèse.

Concernant ma côte de popularité, il est important que les gens sachent ma politique. Ma politique, ce n’est pas la politique politicienne, ce n’est pas la politique de leaders qui descendent dans la rue pour réclamer un fauteuil. Non ! Quand en 2010, j’ai sorti mon dernier album ‘’ Paroles de fou’’, c’était par rapport à une situation bien donnée en Guinée avec l’arrivée de la junte militaire au pouvoir. Après, je n’ai plus sorti d’album, j’ai sorti un single parce que, tout simplement, quand le président est arrivé au pouvoir, j’ai voulu donner la chance à la démocratie, j’ai voulu observer silencieusement, voir quelle est la direction qu’on allait donner à notre pays. Après quatre ans de constat, je vais sortir un album. Ceux qui pensent qu’Elie Kamano a perdu en popularité sauront qu’ils le disent par méconnaissance de l’Homme, de l’artiste. Je veux bien que les gens aillent au-delà de tout ce que j’ai fait puisuqe, d’après eux, tout ce que j’ai commis comme péché, mais qu’ils voient un peu le parcours de l’Homme, de l’artiste. Aujourd’hui, il est rare de voir un artiste qui fait quatre ans sans sortir d’album, qui reste encore dans la conscience et la pensée du peuple. C’est très rare, un artiste qui le fait, il meurt, il se fait oublier. Mais pourquoi, jusqu’à présent, Elie Kamano est présent dans la mémoire? Il suffit que je parle de quelque chose, que je fasse une action pour que les gens suivent. Pourquoi cela ? Parce que, le combat que je fais, ce n’est pas une question de musique, c’est plutôt une question d’idéologie, d’actions menées sur le terrain.

J’ai fait un album avec African Flavour qui est basée aux Etats-Unis, c’est la maison-là qui m’a envoyé aux Etats-Unis, où j’ai fait cinq mois. A New York, j’ai fait deux titres au studio walkiewicz dans le Bronx. Ensuite, je suis allé en Jamaïque où j’ai fait deux titres dans le studio de Bob Marley. J’y ai même fait un duo avec le grand reggae-man Lutan Fyah. Après, je suis rentré à Dakar à partir d’où j’ai effectué une tournée africaine qui m’a conduit dans quatorze pays. Donc, je ne crois pas que les gens qui pensent que ma musique est en chute libre aient tous ces éléments, ils se trompent sur la carrière d’Elie Kamano.

Guinéenews : Le piratage des œuvres d’art gangrène le milieu artistique. De quoi vit Elie Kamano lorsqu’on sait que depuis 2010, il n’a plus sorti d’album ? Dans le même temps, on le voit rouler dans de grosses cylindrées, il soutient des personnes par-ci, par-là. D’où provient cette ‘’manne’’ ?

Elie Kamano: (Il éclate de rires). C’est intéressant ça !

A suivre…

Interview réalisée par Serge Lamah

A Propos De L'auteur  ⁄ Serges Lamah

Guineenews

 

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